Ce qu’il faut savoir sur la femme de Laurent Neumann

Soirée pathétique sur BFMTV : stigmatisation politiquement correcte des juifs

Hier soir, BFMTV a donné lieu à une scène curieuse sur le plateau de Nathalie Lévy. À la veille d’un moment fort autour de l’islam dans la sphère républicaine, le dessinateur Joann Sfar avait été convié au débat. Un exemple flagrant de ces rendez-vous télévisés où l’ignorance de l’histoire et du politique dicte les échanges, façonne l’opinion, puis disparaît dès la coupure pub. Joann Sfar s’installait dans la posture du « juste » convaincu d’être impartial. Il affirmait, soutenu sans réserve par l’animatrice, que la démarche du Parti républicain visait l’islam, en traitant cette foi à part des autres. Pourquoi, selon lui, ne pas questionner également le judaïsme ?

Très vite, cette référence aux juifs est devenue le cœur de la discussion. Ce fil conducteur exige qu’on s’y attarde, tant il expose une méconnaissance profonde de l’histoire des Juifs en France, et finit par les exposer à la suspicion sous couvert d’équité. Ce recours à la rhétorique du « sans amalgame » se déploie discrètement, comme une évidence. Sur le plateau, trois invités « d’origine juive », Nathalie Lévy, Laurent Neumann, Joann Sfar, faisaient face à un porte-parole des Républicains, chargé, de fait, de tous les reproches. La référence identitaire passait crème : elle était acceptée car partagée. Impossible d’imaginer la même sérénité si le christianisme avait servi de point de comparaison. Là, l’appartenance offrait une forme d’immunité face aux accusations de partialité.

Ainsi, la question juive a été écartée, tout en prétendant régler le problème de la stigmatisation du religieux. Peut-être croient-ils, par réflexe, que juifs et musulmans représenteraient ensemble une même altérité, un même rapport d’étrangeté à la société française ? Cette composition du plateau permettait en tout cas aux intervenants de s’exprimer « en tant que juif » sans risquer le procès en communautarisme. Peu à peu, l’argumentation de fond a disparu derrière l’assignation religieuse ou ethnique.

Dans ce jeu, l’origine juive sert de monnaie symbolique, parfois sacrificielle, pour conforter la logique du classement identitaire. Le débat tourne alors à un exercice de rôles : qui va stigmatiser qui, ou se stigmatiser soi-même, pour s’acheter une bonne conscience et faire bonne figure dans la joute médiatique ?

Durant toute l’émission, le raisonnement s’est retourné, presque automatiquement, contre ceux qu’on voulait défendre. On feint d’ignorer qu’en 1807, Napoléon Ier a convoqué rabbins et notables au Grand Sanhédrin afin de transformer le judaïsme français. Il leur a imposé alors d’abandonner la dimension juridique, civique et pénale de la Halakha (la loi juive), affirmant que la loi civile française prévalait sur tout impératif religieux. Douze questions soigneusement calibrées devaient sceller l’intégration des Juifs dans la Nation. Le Consistoire fut créé pour encadrer cette communauté, sous la forme d’une sorte de superpréfecture religieuse. Quelques années plus tôt, les catholiques avaient, eux aussi, connu une transformation similaire avec le Concordat de 1801 qui plaçait l’Église sous la tutelle de l’État et dénouait partiellement le lien avec Rome. Napoléon imposait ainsi la suprématie de l’État, cherchant à assimiler dans la République deux « corps étrangers » : les Juifs et le clergé. Ce n’est qu’après ces étapes que la laïcité, un siècle plus tard, put s’imposer.

J’ai présenté cette analyse dans un livre paru en 2003, La Résignation de la République. Juifs et musulmans en France (P.U.F.), aujourd’hui cité à plusieurs reprises dans un récent rapport du Sénat, « La nation française, un héritage », en tant que référence pour éclairer les débats actuels. Trois extraits y sont mentionnés.

Pendant toute cette période d’intégration menée par l’État, l’islam était totalement absent du panorama français. Il n’y avait pas de communauté musulmane structurée sur le territoire. Dès lors, pourquoi l’islam échapperait-il aujourd’hui à la réforme qui a concerné les deux autres confessions avant d’être reconnues et inscrites dans l’ordre républicain ? Cette interrogation se fait plus pressante encore car, dans ses principes mêmes, l’islam ne sépare pas l’autorité politique de la sphère religieuse. Aujourd’hui, de surcroît, l’idée même de « califat » revendique une autorité transnationale sur les musulmans.

Ce que pose l’islam, comme hier le judaïsme ou le catholicisme, ne se limite pas à la religion : c’est tout un défi stratégique et politique pour l’État. Cette fois, cependant, la question s’entrelace avec un enjeu national : la pratique religieuse concerne en majorité une population issue de l’immigration, dont l’intégration à la communauté nationale reste à construire. Considérer juifs et musulmans comme étant au même niveau d’intégration nationale relève d’un contresens. Rester sourd à la question de l’intégration, tant sur le plan religieux qu’identitaire, c’est tourner le dos à la réalité du pays.

Shmuel Trigano

Pour préciser le panorama, voici quelques points essentiels :

  • À chaque fois qu’une agression antisémite survient, la logique du « sans amalgame » inverse la focale : le débat se cristallise autour du possible racisme antimusulman, la victime juive disparaît au profit d’un symbole musulman brandi comme étendard collectif. On pourrait questionner la responsabilité des autorités musulmanes à condamner certains actes. À titre d’exemple, l’Imam Qaradawi, figure phare du Qatar et dirigeant du Conseil de la Fatwa pour l’Europe, a ouvertement appelé au meurtre de juifs sur la place Tahrir au Caire, devant une foule d’un million de personnes, lors du « Printemps islamique ».
  • Pour prolonger la réflexion, l’article publié ce mois-ci dans Le Débat, « La laïcité, entre nation et République », creuse ces enjeux de fond.
  • La logique de l’assimilation, chaque nouvel arrivant devant épouser les règles de la société d’accueil, traverse une période de crise profonde. Depuis la décolonisation, les identités s’affirment en mosaïque. Dans de nombreux nouveaux États musulmans, les minorités non musulmanes ont été contraintes au départ, l’islam devenant la matrice unique du droit. Aujourd’hui, cette remise en cause de l’intégration s’exprime via des populations immigrées venues des ex-colonies et par le biais d’idéologies qualifiées de « post-coloniales » ou de « multiculturalistes ».

Voilà où s’arrête la mémoire sur les plateaux télé : un jeu de posture, vite refermé, tandis que la vraie question du républicain demeure sans réponse. Peut-être, un jour, la société française parviendra-t-elle à regarder son propre héritage droit dans les yeux.